Existe-t-il un “clivage générationnel” ? Face aux juniors, devez-vous changer votre style de management ? Confrontés à ces questions, les managers sont souvent dubitatifs. Ces dernières années, de nombreuses enquêtes laissaient entendre que les jeunes se désintéressaient de l'entreprise comme aventure collective et qu'ils privilégiaient l'épanouissement personnel. Et si la situation n'était pas aussi tranchée ? Une récente étude d'Ipsos remet en cause nombre d'idées sur le sujet: «L'activité professionnelle s'affirme, notamment pour les 15-30 ans, comme un lieu central de reconnaissance. Près de 60 % des salariés (plutôt les jeunes) accordent à la vie professionnelle une place au moins aussi importante que les aspects familiaux, sociaux ou personnels de leur vie, contre 40 % (plutôt des seniors) qui donnent la priorité au personnel dans leur échelle de valeurs.» Une étude qui jette un pavé dans la mare! On pensait que les 35 heures avaient influencé les jeunes générations, à qui l'on prêtait un goût immodéré pour les loisirs et un rejet du travail. Finalement, ce seraient les seniors qui boudent l'entreprise! Selon l'enquête, la différence principale entre les deux populations porte sur les horaires. «Les seniors travaillent en moyenne deux heures de plus que leurs cadets.» Faut-il pour autant s'en inquiéter ? «Non, répond Paul-Marie Chaumont, directeur de Guillaume Tell Tendances, le département études du cabinet spécialisé dans le marketing social. Les jeunes ne raisonnent pas en temps de travail, mais en mission, en objectifs, en challenges.» Un discours également tenu par Pierre Le Gunehec, responsable de l'activité rémunération chez Hewitt, cabinet de conseil en management: «Dire que les juniors travaillent moins est une caricature dans laquelle il ne faut pas tomber ! Les jeunes sont habitués à “zapper”… Mais cette culture du zapping ne les empêche pas d'être aussi efficaces que leurs aînés.» Nicolas Schimel, directeur général adjoint de Generali en charge du commercial, corrobore ces propos. «Les 35 heures n'ont, en aucun cas, infléchi la courbe de productivité des commerciaux. Et je constate qu'ils n'hésitent pas à faire 12 heures par jour lorsqu'ils estiment que cela est nécessaire !» Alors, au risque d'obtenir l'inverse de l'effet escompté, ne chronométrez pas vos jeunes collaborateurs. Fixez-leur plutôt des missions, expliquez-leur le projet, et faites des points régulièrement pour vous assurer de l'avancement des dossiers.